L'étude de "Deloitte/cadremploi.fr – et le bonheur au travail ?" (Avril 2015) indique que 76% des salariés interrogés considèrent que la reconnaissance est un levier de la Qualité de Vie au Travail, devant le contenu du travail (47%), le mode de management (46%), l'équilibre vie personnelle et professionnelle (46%) ; alors que 4% considèrent que les services mise en place par la structure (par exemple une conciergerie) sont un levier.
Selon la même étude, 7 salariés sur 10 ne se sentent pas reconnus.

Qu'est-ce que la reconnaissance ?

 

La reconnaissance selon le dictionnaire Larousse : "action de reconnaître". Il s'agit d'un "sentiment qui incite à se considérer comme redevable envers la personne de qui on a reçu un bienfait".

Concept complexe et significativement proche de celui de la considération et de la récompense, il est néanmoins important de le distinguer.
Afin d'étayer ce concept, on peut se référer à la pyramide des besoins, théorie élaborée par Maslow (Psychologue, travaux de 1954) sur la motivation qui fait référence à une classification hiérarchique de 5 besoins humains à satisfaire :
1/ les besoins physiologiques (faim, soif...)
2/ les besoins de sécurité : rassurer l'individu sur son devenir à court terme dans le domaine moral et physique (besoin d'hébergement, de ressources)
3/ les besoins d'appartenance, à savoir ceux qui relèvent de la dimension sociale de l'individu : se sentir intégré par un groupe social (famille, travail, association …) et se sentir exister à travers les relations qu'il peut avoir avec ses semblables
4/ le besoin d'estime de soi prolonge le besoin précédent : être reconnu en tant qu'entité propre au sein des différents groupes. C'est aussi le besoin de respect de soi-même et de confiance en soi
5/ le besoin de s'accomplir : il s'agit selon Maslow du sommet des aspirations de l'individu. Aussi, l'Homme a besoin de sentir que son existence a du sens, que sa contribution a une importance et un impact sur sa situation et celle des autres (aussi minime soit cet impact).

La reconnaissance se situe au point 3.
Il est à noter que la satisfaction de chaque besoin n'est pas la même pour tous. Aussi, le besoin de reconnaissance est subjectif et est fonction de sa personnalité, son histoire personnelle et familiale.

Les enjeux de la reconnaissance :

Selon Maslow la satisfaction d'un besoin engendre la satisfaction du suivant. Ainsi, tant que le besoin n'est pas réalisé, l'estime de soi et la réalisation de soi ne peuvent se mettre en place.
La reconnaissance joue un rôle dans notre équilibre psychique car elle confirme notre valeur, notre appartenance et notre intégration qui solidifie l'estime de soi qui elle même a un lien avec notre confiance en soi.
En effet, en fonction de la reconnaissance sociale, l'estime de soi (à savoir une forme d'auto-évaluation de nos actions) sera plus ou moins impactée :
* le + : reconnaissance sociale - estime de soi positive - motivation
* le - : insuffisance de reconnaissance sociale - effets d'un point émotionnel et physiologique (Nedhammer & Siegrist, 1998) - doutes sur ses capacités, ses compétences, développement de complexes et mise en place d'obstacles - motivation altérée ou au contraire le salarié peut surinvestir son travail car en quête de reconnaissance ce qui peut le conduire à l'épuisement professionnel ("en faire toujours plus")

Les éléments essentielles de la reconnaissance

La reconnaissance peut s'exprimer par :
- le verbal (par exemple un compliment). Mais attention car ce comportement ne se décrète pas !
En Psychologie Sociale, les études montrent que le fait de complimenter (sincèrement !), remercier quelqu'un a plus d'impact que le simple fait de ressentir soi même de la gratitude (qui est en fait un sentiment intériorisé). "Percevoir que quelqu'un manifeste une intention positive à son égard augmente l'estime de soi. On se sent considéré, aimé, apprécié et soutenu (Rébecca Shankland").
Néanmoins, la cohérence entre le verbale et les actes est primordiale car un signe de reconnaissance doit être sincère et honnête. Le risque, si ce n'est pas le cas, est que l'individu se retrouve en situation de dissonance cognitive (Festinger, 1956) c'est-à-dire une présence d'éléments contradictoires qui créent des tensions. Par conséquent la situation se dégrade plutôt que s'améliore.
Aussi, il n'est pas suffisant de se dire qu'il faut être reconnaissant pour que les choses changent : valoriser, faire des compliments et donc construire un comportement n'est pas suffisant.
Reconnaître est un trait de personnalité construit notamment dans son histoire personnelle, sa place occupée dans sa famille et la socialisation primaire. L'attitude de reconnaissance permet alors de développer un comportement de reconnaissance.
- la gratification financière
- la valorisation du statut professionnel (les perspectives d'évolution professionnelle par exemple)
- la confiance

Aussi, il est primordial d'appréhender chaque salarié dont chaque effort effectué contribue à l'organisation et de développer une attitude de compassion (non de pitié ! mais d'aide) permettant de comprendre la spécificité de chacun.
Tout le monde est gagnant : un salarié reconnu est un salarié motivé. Un salarié motivé est un salarié qui s'engage et s'investit dans son organisation et lui permet d'être innovant et productif.
Il est donc important de sélectionner des responsables en fonction de leurs capacités managériales d'accompagnement et de reconnaissance en plus de leurs compétences techniques.
Pour conclure et selon Pierre Bourdieu (sociologue français de la seconde moitié du xxème siècle) : "le contre don prendra tout son effet".